PSJB | Communiqué de presse | 30.05.2013
En juin prochain, le parlement sera appelé à se prononcer sur la motion déposée par Ueli Studer, UDC, de Niederscherli qui propose une réduction des prestations de l’aide sociale par l’abaissement de 10% du forfait d’entretien et la réduction des suppléments d’intégration (suppléments alloués pour la participation à une mesure d’insertion ou un retour vers l’emploi).
L’argumentation stipule que, d’une part, le Conseil-exécutif a réduit le système d’incitation en biffant de la révision de l’OASoc (ordonnance sur l’aide sociale) la réduction du forfait au commencement de l’aide et, d’autre part, que de nombreux bénéficiaires s’en sortent beaucoup mieux en ne travaillant pas. Monsieur Studer justifie encore ce dernier argument avec le constat qu’une part d’entre eux possède une voiture.
Cette vision montre le peu de considération dont le motionnaire fait preuve envers les personnes les plus démunies de ce pays. Elle révèle également le peu de respect qu’il porte à la Constitution fédérale qui régit les droits fondamentaux de tout être humain.
Si le Conseil-exécutif a rejeté la réduction du forfait au commencement de l’aide sociale, c’est qu’il est conscient qu’un travail social professionnel se fonde avant tout sur une relation de confiance avec le bénéficiaire. Pour y parvenir, il est fondamental de démarrer sur une base équitable, hors de tout soupçon, afin de permettre une évaluation globale et complète de la situation de la personne. Au commencement, le travailleur social ne sait rien sur les véritables raisons qui ont conduit la personne à s’adresser au service social.
Si réduction il doit y avoir, elle aura lieu plus tard, lorsque la convention établie entre les deux partenaires n’aura pas été respectée par le bénéficiaire et ceci selon une procédure clairement énoncée dans la législation.
Quand l’aide sociale est plus avantageuse que la situation de travail, c’est qu’il existe un gros problème au niveau du système, qu’il soit salarial ou fiscal. Si c’est le paiement des impôts qui fait basculer le citoyen en dessous du montant octroyé par le service social, cela signifie qu’il est impératif de reconsidérer la loi sur les impôts et d’en relever le revenu minimum imposable.
Quant aux détenteurs de véhicules, bon nombre en ont l’usage pour réaliser des revenus, complétés par l’aide sociale. Les rares personnes sans revenu ni attestation médicale spécifique qui possèdent une voiture en réduisent les frais au minimum, voire se voient offrir les taxes et assurances par un proche. La nécessité du véhicule n’est plus à prouver dans les régions périphériques. Si on supprime systématiquement les véhicules, les personnes seront repoussées vers les centres urbains qui font face aujourd’hui à des taux d’aide sociale très important.
Enfin, l’utilisation du forfait pour l’entretien reste de l’ordre de la liberté individuelle qui fait partie des droits fondamentaux. Bénéficier de l’aide sociale n’est pas une mise sous tutelle.
Les suppléments d’intégration ont été introduits au titre d’incitation à l’autonomie. Ils représentent un outil du travail social. Suite à une motion radicale, on a réduit de moitié ces suppléments qui ont totalement perdu l’effet voulu auprès des jeunes adultes. Diminuer ces suppléments ainsi que les franchises sur les revenus signifie perdre l’effet recherché au départ avec le risque d’augmenter la facture finale au lieu de la réduire, car on risque de générer un prolongement de la durée d’aide sociale.
Les réductions d’impôts de ces dernières années, le refus d’augmenter les forfaits fiscaux, la réduction de la taxe des véhicules conduisent à supprimer des prestations sociales et à faire payer la facture aux plus démunis.
Il serait plus judicieux d’investir dans les infrastructures afin de permettre aux services sociaux de véritablement conduire les personnes vers l’autonomie au lieu de les maintenir dans la précarité. Ainsi on pourrait réaliser de substantielles économies sur l’ensemble des aides sociales consenties.


Défis no 91 - mai 2013